Souper de Noël Montréal

N’oubliez pas!!!

Ce soir 12 décembre 2017 à 19 heure au 2075 rue Plessis salle 130, Aide aux Trans du Québec vous attend pour son traditionnel souper de Noël.

On a hâte de vous voir malgré la neige, conduisez prudemment.

 

Pleurons notre humanité et la condition féminine !

Après avoir écouté l’entrevue de Richard Martineau, Jonathan Trudeau et Denise Bombardier, la communauté LGBTQIA2+ est abasourdie par tant d’ignorance et de hargne au sujet de la diversité des orientations sexuelles et des identités de genres.

Tout d’abord, il semblerait qu’une femme ne pourrait pas avoir « des couilles » dans le sens d’avoir du « gots » ou même au sens propre, car une femme possède un utérus obligatoirement selon Denise Bombardier. Par cette affirmation, nous constatons que madame Bombardier a vraiment un point de vue binaire des identités de genre et de sexe en société. Nous sommes désolés de vous l’apprendre, mais selon les chromosomes et la génétique, une femme peut techniquement avoir des testicules et vice versa pour un homme. Bien oui parlons-en de la génétique, car après tout, c’est vraiment là où nous pouvons dire qui est vraiment génétiquement un homme, qui est vraiment génétiquement une femme et qui est juste une personne « qu’on doit prendre en compassion », pour reprendre vos termes.

Sachez que pour ce qui concerne les personnes transidentitaires, le Sondage canadien CROP réalisé à la demande la Fondation Jasmin Roy démontre que 13 % de la population serait des communautés LGBT, ce qui inclus la population trans. Pour les enfants intersexués, sachez que l’étude du Conseil de l’Europe confirme que les enfants qui ont été mal assignés par leur sexe à la naissance s’élèvent entre 8,5 % à 40 %. Selon la généticienne suisse Ariane Giacobino, ceci est dû au fait que le génome compte 20 millions de petites variations. Ces dernières viennent influencer le développement d’un humain et si nous dressions le caryotype génétique de chaque humain pour définir le seuil de perfection de la féminité et de la masculinité, peu de gens se trouveraient aux extrémités.

Il existe donc tout un éventail de possibilités entre les deux pôles de la binarité homme-femme. De plus, il ne faut pas oublier nos 247 personnes ayant le syndrome de KlinFelter à travers la planète dont quelques-uns au Québec. Qu’elles soit Interséxué.e.s ou ayant un Syndrome de KlineFelter, ces personnes possèdent des chromosomes XXY ou XO; alors que chez la femme, les chromosomes sont XX et que chez les hommes sont XY.  En ce qui concerne nos confrères, nos consœurs et nos confrœurs ayant une diversité d’orientation sexuelle différente de l’hétérosexualité, le Sondage CROP nous informe que sur 1 897 participant·e·s, sur un total de 2 697 participant·e·s, ne s’identifient pas comme des personnes hétérosexuel·le·s : 55 % se sont identifié·e·s comme étant homosexuel·le·s, 28 % comme étant bisexuel·le·s, 10 % comme étant pansexuel·le·s et 4 % comme étant asexuel·le·s. Ne trouvez-vous pas que ça commence à faire beaucoup de monde pour qui il faut avoir de « la compassion » ? Seriez-vous d’accord pour que nous institutionnalisons cette proportion importante de la population, car selon vos dires : « par le passé ces gens-là, on les plaçait dans des institutions pour leur propre bien »?

Nous nous questionnons à savoir qu’est-ce qui vous permet d’appuyer vos dires ? Êtes-vous spécialisée en médecine, en psychologie, en psychiatrie ou même en sexologie ? Avez-vous des preuves valides et scientifiques de ce que vous avancez ? Êtes-vous au fait que l’Organisation mondiale de la Santé (OSM) a retiré le 17 mai 1990 l’homosexualité de la liste des maladies, que le DSM-III l’a retiré en 1987 et que le DSM-5 fait référence maintenant à la dysphorie de genre et non plus au transexualisme ou au travestisme fétichiste pour les personnes transidentitaires ? Que ni l’orientation sexuelle et ni l’identité de genre ne font partis des paraphilies mentionnées au DSM-5 ?

Parlons maintenant de la condition féminine au Québec. Madame Bombardier, vous êtes née en 1941. Qu’en était-il de la condition des femmes à cette époque ? Êtes-vous sans vous souvenir qu’en 1940, elles obtiennent le droit de vote. Qu’en 1975, l’adoption de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec interdit pour la première fois, toutes formes de discrimination fondée sur le sexe. Qu’en 1980, soit cinq ans plus tard, vous avez pu animer l’émission Noir sur Blanc, la première émission sur les affaires qui était animée par une femme au Québec. Vous étiez la première femme dans un milieu d’hommes à prendre part à un sujet à proprement dit masculin selon les stéréotypes sociétaires de l’époque. Vous vous êtes toujours battue contre le machisme et vous avez milité pour la place de la femme en société. Si la Charte n’avait pas reconnu cette équité entre les sexes en 1975 en interdisant toutes formes de discrimination quelle qu’elle soit, auriez-vous eu accès à l’animation de cette émission en 1980 ? Je ne crois pas!

Aujourd’hui en 2017, alors que madame Gabrielle Bouchard, une femme transidentitaire, a été élue à la Fédération des Femmes du Québec (FFQ), vous vous permettez de remettre en cause sa crédibilité en tant que femme et vous faites preuve de sexisme et de manque d’équité envers cette dernière qui pourtant, à même titre que vous en 1980, bénéficie de la protection conférée par la Charte. Vous vous permettez même de dire qu’il faudrait « cessez la représentation des gens en fonction des lois », ce qui est un manque de cohérence avec les principes de la Charte, l’égalité des chances, le droit de voter et d’être représentée en société.

Vous pouvez bien faire référence à la décence, mais reste néanmoins que selon le dictionnaire Larousse, elle est définie comme suit :

1. Respect des convenances, surtout en matière sexuelle, pudeur : ex :ne pas choquer
la décence; 2. Dignité dans l’expression, les manières : réserve, discrétion, tact : ex : Ayez la décence de vous taire.

Les propos que vous avez échangés avec messieurs Martineau et Trudeau dépassent la décence madame Bombardier, ils manquent de tact et de dignité envers les personnes des communautés  LGBTQIA2+ et la condition féminine des femmes transidentitaires. Ils sont empreints de transphobie, d’homophobie et de sexisme envers toutes et tous ces personnes. Ces motifs sont punissables par les lois provinciales et les lois fédérales car ils véhiculent la haine qui aide à justifier des actes discriminants, répressifs et violents envers nos populations déjà fortement stigmatisées au fil du temp. En êtes-vous consciente ou êtes-vous déconnectée de la réalité ? Vous avez raison madame Bombardier quand vous abordez le fait « [d’]un jugement social trop souvent terrible »… Vous en donnez la preuve.

Julien Leroux-Richardson, président
Aide aux Trans du Québec.

Références :

CROP. (2017). Sondage pancanadien sur la communauté LGBT. [En ligne]. http://fondationjasminroy.com/sondage-valeur-besoin-realite/
(Page consultée le 9 décembre 2017). pp. 30 et 31.

Dictionnaire Larousse. (2017). Décence. [En ligne]. http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/d%C3%A9cence/22087
(Page consultée le 9 décembre 2017).

DiseaseMaps. Statistiques de Syndrome de Klinefelter. [En ligne]. https://www.diseasemaps.org/fr/klinefelter-syndrome/stats/
(Page consultée le 9 décembre 2017).

Schneider, E. (2013). Les droits des enfants intersexes et trans’ sont-ils respectés en Europe?
Une perspective
. [En ligne]. https://rm.coe.int/168047f2a8
(Page consultée le 9 décembre 2017). Conseil de l’Europe : [Brucelles, Belgique].

Wikipédia. Denise Bombardier. [En ligne]. https://fr.wikipedia.org/wiki/Denise_Bombardier
(Page consultée le 9 décembre 2017).

Rencontre du mardi 14 novembre

Vous voulez partager sur les réalités en lien avec votre transidentité? Cette rencontre est pour vous! Nous sommes là pour répondre à vos questions.

Les rencontres se découpent comme suit:

  • Tour de table au cours duquel vous apprendrez à connaître votre groupe;
  • Discussion sur un sujet choisi par le groupe.

La prochaine rencontre se tiendra le 14 novembre de 19h à 21h au 2075, rue Plessis à Montréal.

Rencontre transidentité du 12 novembre

Vous voulez partager sur les réalités en lien avec votre transidentité? Cette rencontre est pour vous! Nous sommes là pour répondre à vos questions.

Les rencontres se découpent comme suit:

  • Tour de table au cours duquel vous apprendrez à connaître votre groupe;
  • Discussion sur un sujet choisi par le groupe;
  • 30 minutes de discussion libre.

La prochaine rencontre se tiendra le 7 novembre de 18h30 à 20h30 au 363, de la Couronne à Québec.

Vos animateurs,

Roxane et Émile

Pénis et vagin ne font pas les identités de genres ni les lois de la nature

Par Julien Leroux-Richardson

Président d’Aide aux Trans du Québec.

Tel que le reflètent nos lois, ainsi que la recherche scientifique, le sexe physique interne et/ou externe de naissance d’une personne ne définit pas son genre.

Né.e. avec un vagin, avec un pénis ou avec les deux sexes externes et/ou internes ou une combinaison des deux, un être humain peut être cisgenre, transidentitaire ou intersexe.

De plus, le spectre du genre ne se résume pas à deux pôles fixes. Des variations sont observables chez tous les membres de la société. Personne n’est à 100% masculin, ou à 100% féminin. C’est pourquoi, peu importe le physique à la naissance, nous choisissons la manière avec laquelle nous exprimerons notre genre. Toutes les identités de genre sont valides, que nous choisissions de nous identifier en tant que binaire ou non binaire.

Ce n’est pas le sexe physique interne et/ou externe qui définit le genre, mais bien le ressenti.

Un individu ne devrait pas s’autoriser à définir qui est un homme ou qui est une femme avec toute la diversité qui règne en société et qui est reconnue par l’État et ses lois. C’est à chaque individu de s’auto définir. Comme l’expliquait madame Florence Ashley cette semaine dans son texte d’opinion «  La science et les hommes enceints », la génétique humaine offre un éventail de possibilités autres que les XX et XY et ce sont les chromosomes qui définissent le sexe d’une personne génétiquement.

Par contre, le fait de définir une personne en tant qu’homme ou que femme est un fait social et non biologique.

Cette semaine, dans sa chronique, Richard Martineau, stipule qu’un homme transgenre n’est pas vraiment un homme puisque s’il est tombé enceint, c’est qu’en réalité, il est une femme parce qu’il a un utérus et un vagin et que cette personne ne peut rien y faire parce que… ce sont les lois de la nature.

Le dictionnaire Larousse définit une loi comme suit : « Prescription établie par l’autorité souveraine de l’État, applicable à tous et définissant les droits et les devoirs de chacun. »

Si vous cherchez l’expression « les lois de la nature » dans Google, je peux vous assurer que vous ne trouverez aucune page officielle du gouvernement provincial ou fédéral avec un numéro de chapitre élaborant cette « loi de la nature ».

Est-ce donc seulement valide d’invoquer cette « loi de la nature » dans le contexte de l’expression de genre? Puisque l’expression de genre est un concept sociétaire, il faudrait donc prétendre que la volonté humaine puisse objectivement établir ce qui régit la nature.

Étant donné que la conception d’un être humain est un acte naturel, pouvons-nous moralement, dans la définition d’un être humain, nous éloigner de la description que Thomas Hobbes fait des lois de la nature en tant que précepte politique et sociétaire?

  1. S’efforcer à la recherche et la poursuite de la paix.
  2. Ne pas faire à autrui ce que l’on ne voudrait pas qu’on nous fasse.
  3. La justice.
  4. La gratitude.
  5. La complaisance.
  6. Le pardon.
  7. La vengeance.
  8. L’absence d’outrages.
  9. L’absence d’orgueil.
  10. L’équité.
  11. L’usage égal des biens communs.
  12. L’usage du tirage au sort.
  13. Le droit d’aînesse et d’ancienneté.
  14. La protection des médiateurs.
  15. La soumission des différends à l’arbitrage.
  16. L’impossibilité de juger pour nous-mêmes.

Ces préceptes sont censés être appliqués par l’humain afin de pourvoir à son existence et à sa survie.

La question que je me pose est la suivante : « mais où donc est-il mentionné qu’un homme n’est pas un homme s’il a un vagin à la naissance et qu’en est-il d’une femme qui ne serait pas une femme, si elle est née avec un pénis? »

Je poursuis en affirmant que lorsqu’une personne transidentitaire se fait reconnaître, en respectant les lois de l’État, dans l’identité de genre qui la définit, elle est donc reconnue par ses paires sociétaires et considérée légalement comme elle le désire, puisque c’est la loi prescrite par l’État, donc par la société dans laquelle elle vit.

Ça n’a absolument rien à voir avec la loi de la nature monsieur Martineau et même que vous devriez selon la loi de la nature et les lois de l’État, vous exprimer en termes d’équité, sans discrimination. Un homme transidentitaire devrait être respecté et considéré comme tel même s’il a la possibilité égale de donner naissance à un enfant au même titre que n’importe quelle femme cisgenre. Tout comme une femme transidentitaire devrait être respecté comme tel même si elle a la possibilité égale de mettre enceinte une autre femme, ou même un homme transidentitaire, au même titre que tout homme cisgenre.

Est-ce que cela fera moins d’elle une femme? Non.  Est-ce que l’homme qui est capable de donner naissance est moins un homme pour cela? Non.  Si dans l’avenir, la greffe d’utérus devient possible pour un homme cisgenre, sera-t-il moins homme pour autant? Devrions-nous dès lors lui manquer de respect et le définir comme une femme? Non.

C’est tout simplement une question de respect des règles qui régissent notre société.

Marie-Marcelle Godbout « Les épreuves de ma transsexualité »

Texte tiré de nos archives.

À 53 ans, Marie-Marcelle demeure une énigme pour la plupart d’entre nous. Arrière-petite-nièce de l’ancien premier ministre Adélard Godbout, celui-là même qui a permis aux femmes de voter au Québec, Marie-Marcelle était certaine, durant sont enfance d’être une petite fille dans un corps de garçon.
On imagine déjà une adolescence difficile et une vie adulte parfois douloureuse, Heureuse depuis 20 ans dans sa nouvelle peau, Marie-Marcelle a non seulement un compagnon de vie stable mais, bien qu’elle veuille garder ce fait discret, elle a aussi élevé un enfant, Patrick.
Invitée à la 1000e émission Claire Lamarche en raison de l’intérêt que lui porte le public, elle nous confie son histoire.

 

Marie-Marcelle, comment avez-vous vécu l’époque où vous étiez un petit garçon ?
Dans ma tête, je n’ai jamais été un petit garçon. Quand j’ai eu quatre ans, mon entourage avait déjà compris que j’étais différent. Je suis le fantasme incarné de ma mère, qui souhaitait ardemment avoir une petite fille quand elle me portait. Je suis la plus jeune d’une famille de sept enfants ; ma mère n’a eu qu’une autre fille. Ma sœur a 70 ans aujourd’hui et nous commençons à peine à nous connaître depuis la mort de son mari l’an dernier. Elle vient de découvrir qu’elle a une sœur !

Avez-vous vécu une enfance douloureuse ?

Je n’ai jamais de problèmes parce qu’il était clair que j’étais une petite fille. Les côtés masculins et féminin sont présents chez tout être humain en proportions variables ; on est plus ou moins l’un ou l’autre. Dans mon cas, même si j’avais une constitution biologique masculine, j’étais une femme. Le problème était plutôt d’ordre culturel. Il faut se replonger dans le contexte des années 40 ou 50, où le mâle régnait en maître.

Votre adolescence a-t-elle été difficile ?

J’étais la risée des autres : j’ai été ridiculisée de toutes les façons possibles. J’avais une attitude féminine, mais plus je tentais de la cacher, plus elle devenait apparente. Rappelez-vous la scène de La cage aux folles où Albin essaie de prendre des manières masculines, alors qu’il obtient l’effet contraire. À l’école on me traitait de fifi de femme, de tapette. Ces propos me faisaient mal. Je me disais : « Pourquoi moi ? Qu’est ce que j’ai fait pour subir tant de rejet ? »

Aviez-vous l’appui de votre entourage ?

Comme mes frères et ma sœur étaient beaucoup plus âgés que moi, j’étais plutôt isolé ; un seul de mes frères a toujours été très près de moi. Je suis parti de chez moi à 15 ans ; même si les gens étaient blessants, j’avais la personnalité assez forte pour surmonter ce genre d’épreuves. À 19 ans, j’ai vraiment pris conscience de l’être que j’étais.

Malgré votre apparence efféminée, avez-vous trouvé du travail ? Aviez-vous des amis ?

J’ai travaillé dans un hôpital auprès des vieillards. Je m’y étais d’ailleurs fait une amie que j’aimais beaucoup. J’ignore ce qu’elle pensait de moi, car le jour où je lui ai avoué mon histoire, une religieuse m’a entendu et, dès le lendemain, on m’a accusé d’être un maniaque sexuel, puis congédié. J’avais 18 ans et je me retrouvais seul, sans ami.

À quel moment avez-vous commencé à envisager de subir une opération pour changer de sexe ?

J’ai mis beaucoup de temps avant d’y penser sérieusement. Dans une revue, j’avais découvert Christine Jorgensen, une Américaine, la première transsexuelle à se faire connaître publiquement en 1952. Je savais donc que c’était possible. Le soir, quand je me couchais, je souhaitais me réveiller dans la peau de l’autre sexe.

Aviez-vous une orientation sexuelle claire ?

Ma sexualité n’était pas éveillée… Tout se jouait sur le plan de mon identité parce qu’à partir de 18 ans, quand j’ai déménagé de l’Abitibi à Montréal, j’ai vécu mon identité féminine. D’après moi, j’étais bisexuelle, comme je le suis toujours aujourd’hui. Dans les hôpitaux et les cabarets, j’ai connu des homosexuels, des gens différents de moi. Un jour, j’ai rencontré le travesti Lana St-Cyr, qui m’a donné l’occasion de faire des spectacles comme comédienne et magicienne. C’est comme ça que Michel Tremblay m’a connue.

À quelle occasion ?

Il m’avait vue sur scène. Un jour, je suis allée conduire une copine à l’audition du film Il était une fois dans l’est, de Tremblay. On m’a demandé mon nom, croyant que je venais aussi auditionner. Quand j’ai dit Mimi de Paris, mon nom de scène, j’ai entendu un grand cri. C’était Michel Tremblay. Mon nom figurait dans son scénario. Il m’a tout de suite embauchée pour jouer le rôle d’une waitress aux côtés de Denise Filiatrautl

En tant qu’adulte, que vit-on lorsqu’on prend une identité de femme mais qu’on est civilement reconnu comme un homme ?

On vit de la persécution, parce qu’on est différent. Je me rappelle qu’un jour, alors que je travaillais comme serveuse, les policiers ont fait une descente et m’ont embarquée pour racolage aux tables. En voyant mes papiers d’identité, ils m’ont accusée de m’être déguisée. Je n’ai jamais eu de problèmes avec mon sexe mâle : c’étais tolérable. Le problème était social.

C’est pour cette raison que vous avez décidé de vous faire opérer ?

À la fin des années 60, j’avais déjà des seins et la voix que j’ai aujourd’hui, grâce au traitement hormonal. Un jour, après avoir gagné un trophée à un gala d’artistes, je me suis retrouvée seule chez moi à penser au traitement qu’on me réserverait dans ma vieillesse. Je me souvenais d’un patient homosexuel qu’on maltraitait terriblement. J’ai eu peur qu’on me réserve le même sort, et c’est ce jour-là que j’ai vraiment pensé à subir l’opération. J’avais aussi très peur d’avoir un accident d’automobile et qu’à l’hôpital, en me déshabillant, on découvre que j’étais un homme.

Qu’avez-vous fait alors ?

J’ai rencontré des sexologues à l’UQAM où, en tant que cobaye, j’ai suivi une thérapie pendant deux ans, à raison d’une séance par semaine. Je l’ignorais mais, dans la salle d’entrevue, un miroir sans tain permettait à des étudiants en sexologie de m’observer. J’ai été aussi le sujet d’une expérimentation chirurgicale. C’est à Toronto que se trouvait le meilleur chirurgien, le DR Lindsay. En 1978, il m’a opérée. À l’époque, l’intervention coûtait à peu près 3 000$ ; aujourd’hui, il faut plutôt compter 7 500$.

Après l’opération, comment s’est passé le réveil ?

En grande douleur. Tu te demandes pourquoi tu as fait ça parce qu’au fond ça change rien. Si tu étais déséquilibrée avant, tu le restes après et ça ne fait qu’empirer. Il n’y a pas d’amélioration dans ce cas-là.

En amour, qu’avez-vous vécu à partir de ce moment ?

J’ai eu des amoureux hommes et femmes, mais les homosexuels ne sont pas intéressés par moi. Parmi mes partenaires, certains savaient à qui ils avaient affaire, d’autres pas.

Quelle est votre activité principale ?

J’ai fondé l’Association des transsexuels du Québec et je fais de l’écoute active. Je donne aussi de nombreuses conférences partout au Québec et parfois même en Europe. Il y a environ 500 à 600 transsexuels au Québec, hommes devenus femmes et vice-versa. Les transsexuels ne sont pas tous heureux. Certains se rendent finalement compte qu’ils se sont trompés. Bien qu’il faille suivre une thérapie et passer devant un comité avant l’opération, il est très facile de tromper les psychologues. Plusieurs travestis confondent l’excitation qu’ils éprouvent en se déguisant avec un désir de transsexualité. C’est pourquoi je crois qu’il y a un transsexualisme génétique et un autre acquis.

Comment les distinguez-vous ?

Le premier se détecte dès la tendre enfance. Dans mon cas, par exemple, jamais je n’aurais pu être autre chose qu’une femme. C’est différent de celui qui est excité par le port de vêtements féminin. Celui-ci, s’il réussit à fausser l’évaluation, pourrait avoir bien des regrets.

Marie-Marcelle Godbout : Une vie de combat

Texte tiré de nos archives.

Marie-Marcelle a écrit les premières pages du mouvement des personnes transsexuelles au Québec. Connue d’abord au cabaret comme la magicienne Mimi de Paris, elle a fondée l’Association des personnes transsexuelles du Québec (ATQ), il y a 30 ans. Aujourd’hui, elle continue à témoigner partout des réalités encore souvent méconnues des personnes transsexuelles. Derrière ce courage et cette dignité se cache une femme de coeur et de générosité. Portrait d’une battante au coeur d’or.Le matin du 1er mai 2010, Marie-Marcelle déguste une brioche, assise sur un canapé rouge de l’hôtel des Gouverneurs à Montréal. Elle porte un ensemble bleu, simple, mais élégant. Elle est là pour le congrès de l’Association canadienne des professionnels en santé des personnes transsexuelles qui se tient dans la métropole cette année. Marie-Marcelle y anime un atelier avec Line Chamberland, professeure à l’UQAM, sur le vieillissement chez les personnes transgenres.

L’après-midi, Marie-Marcelle présente une conférence intitulée « Ne jamais oublier d’où l’on vient, pour mieux savoir où l’on va! » dans le cadre de la journée de la Fierté trans 2010, organisée par l’ATQ. Elle y est l’invitée d’honneur pour avoir fondé l’ATQ, en 1980, ainsi que pour faire de l’écoute active, jour et nuit, auprès de personnes dans le besoin. Lors de la soirée de clôture, Marie-Marcelle reçoit une nouvelle récompense pour l’ensemble de son combat. Pour certains, 30 ans, c’est une éternité. Marie-Marcelle raconte.

Le Montréal intolérant des années 60

Difficile d’arriver à Montréal à 19 ans quand un mec efféminé, suspecté d’être homosexuel, peut se faire arrêter par la police n’importe où, n’importe quand… En 1961, Marie-Marcelle tente un premier acte de bravoure : profitant de l’Halloween pour minimiser les risques, elle sort habillée en femme. Pourtant, une pensée la hante toute la soirée: vais-je coucher chez moi ou en prison?

« Dans les années 60, les personnes trans n’ont d’autres choix que la prostitution, la drogue, le vol ou le cabaret», explique Marie-Marcelle. Elle choisit quant à elle le cabaret et découvre un mentor en Lana Saint-Cyr, premier transformiste québécois. Elle crée alors le personnage de Mimi de Paris. Le périmètre de liberté demeure cependant étroit. On entre et on sort de l’établissement habillé en homme. Montréal compte alors un très grand nombre de cabarets. Ils sont particulièrement fréquentés.

Progrès médicaux

En 1962, l’usage d’hormones se répand et commence  alors à se populariser dans le milieu trans. Avec l’arrivée de Coccinelle en 1965, Marie-Marcelle rencontre la première personne opérée. « Elle nous a simplement prouvé que c’était possible de vivre avec son identité », souligne-t-elle. Si les progrès médicaux et sanitaires ont permis d’entrevoir un futur plus ouvert, la violence policière et les discriminations vécues durant ces années sont terribles. Les personnes trans sont souvent arrêtées puis sont jugées pour « spectacle infamant » et enfermées à la prison de Bordeaux pour hommes. Les viols dans les commissariats ne sont pas rares. Avec l’Expo 1967, la situation empire : le maire Drapeau décide de « faire le ménage ». Michel Tremblay raconte notamment cette époque dans Le Cahier rouge. Marie-Marcelle préfère alors partir à Vancouver. C’est là-bas qu’elle fête, en 1969, l’adoption du bill omnibus ayant notamment décriminalisé l’homosexualité.

L’événement tournant de la vie de Marie-Marcelle survient lorsqu’elle rencontre l’homme de sa vie, en 1973. Il l’a tout de suite aimée comme elle était, avec sa vie de cabaret. Le bonheur est définitivement complet lorsqu’il adopte un enfant, deux ans après. En 1977, Marie-Marcelle pousse la programmation de Lana Saint-Cyr au lancement du cabaret Cléopâtre afin d’attirer la clientèle gaie.

Deux ans plus tard, Marie-Marcelle se fait opérer à Toronto. Elle se souvient d’expérimentations cruelles que certains médecins ont réalisées sur les corps de ses amies. « J’ai vu des résultats qui ressemblaient à des abominations. C’était indigne », s’insurge-t-elle. C’est à la suite du décès post-opératoire d’une de ses amies, Christine Rolling, que Marie-Marcelle a décidé de fonder l’ATQ. Elle a voulu s’attaquer à l’intolérance dont a été victime son amie à qui l’on disait encore « Come on, be a nice boy », même après avoir changé de nom pour Christine.

Les avancés se sont ensuite timidement accomplies, souvent grâce à des décisions de justice favorables aux droits des personnes discriminées. « Si un jour je voulais renaître, je voudrais renaître transsexuelle », de déclarer très franchement celle qui s’implique toujours autant, mais qui prend aussi du temps avec ses petits-enfants.

Marie-Marcelle incarne un optimisme débordant, cette force tranquille de celles qui ont choisi d’affronter la vie et de ne jamais perdre courage malgré les obstacles. Chapeau bas. Marie-Marcelle Godbout n’oublie pas de saluer la relève, notamment Marie-Ève Baron et Danielle Chenier qui portent aujourd’hui l’ATQ plus loin.

Quand on change de sexe

Texte tiré de nos archives.

Pour Marie-Marcelle Godbout, en ce qui concerne le changement de sexe, il n’y a pas deux histoires identiques. Chacun l’a vécu à sa façon. La femme, qui a aujourd’hui 63 ans, a eu la générosité de nous raconter sa propre histoire, qui commence par « il était une fois un petit garçon… »

« Je suis née en Abitibi, précise la fondatrice de l’Association des Transsexuels du Québec, qui se nommait alors Marcel. Je suis le bébé d’une famille de sept enfants. J’ai été élevée par une mère qui a respecté totalement ma différence durant mon enfance. On ne m’a jamais crié après parce que je n’étais pas correcte d’être comme je suis. »

Le calvaire a cependant commencé pour Marie-Marcelle le jour où elle a découvert l’école. « Avant l’âge de trois ans, le sexe n’avait pas d’Importance pour moi. Mais quand je suis arrivée dans une cour d’école, mon enfer a débuté. À l’époque, c’était les petits gars avec les petits gars et les petites filles avec les petites filles. Je peux dire que, dès ma première journée d’école, tous les enfants ont capté que je n’étais pas vraiment un petit gars comme les autres. C’était sûrement à cause de ma gestuelle…

Heureusement, j’avais une facilité à créer mon propre univers. Dès ma plus tendre enfance, je visualisais ce que je suis maintenant en tant que personne. Tous les soirs, avant de m’endormir, je m’évadais dans mes rêves et j’imaginais comment je voulais que ma vie se passe. J’ai découvert la visualisation sans que personne ne m’en parle et ça m’a aidée énormément. »

L’exil

Puis, vers l’âge de 16 ans, Marie-Marcelle a eu son premier emploi. Elle s’occupait des malades dans un sanatorium. « C’est là que j’ai vu mon premier article parlant de la transsexualité. Avant, je me disais que je ne pouvais pas parler de ce secret. À l’époque, la religion avait un pouvoir énorme au Québec. Autour de la table, chez moi, ce qui faisait rire mes frères, c’était une bonne blague sur les homosexuels. Dans mes cours de catéchisme, on enseignait que l’homosexualité signifiait l’enfer pour l’éternité. Au sanatorium, j’ai avoué à une fille que j’avais trouvé un article parlant d’une personne qui avait subi une intervention chirurgicale pour changer de sexe. Et je lui ai dit que j’étais certaine que c’était ce qu’il me fallait. Malheureusement, ma supérieure m’a entendu et elle m’a traitée de maniaque sexuelle. J’ai donc été mise à la porte.

C’est ainsi que Marie-Marcelle a quitté sa ville et sa région pour aller habiter à Montréal. C’est à cet endroit qu’elle a fait la rencontre de Lana St-Cyr (de son vrai nom, Raymond Dubé), le premier travesti du Québec, et a décidé à son tour de se lancer dans le monde du spectacle sous le pseudonyme Mimi de Paris. « Avant 1969, s’habiller en femme, c’étais considéré comme criminel. On pouvait se vêtir ainsi sur scène pour un spectacle, mais dans la rue, on pouvait se faire arrêter parce que c’était associé à l’homosexualité, qui était un acte criminel. » Harcelée par les policiers, Marie-Marcelle a quitté Montréal pour Vancouver en 1967. C’est à cet endroit qu’on lui a fait découvrir les traitements aux hormones. « À l’époque, c’était sur le marché noir. On prenait n’importe quoi. »

La « cerise sur le sundae »

« Je me suis fait opérer à Toronto le 18 octobre 1979. J’avais passé toutes les étapes pour en arriver là. Ça n’était presque plus une nécessité. Quand on se fait un sundae, la cerise qu’on met dessus, ce n’est pas ce qui fait le sundae. C’est juste que, pour l’œil, ça fait plus beau. Avant que je subisse cette intervention chirurgicale, le cheminement a été tellement long que, quand j’ai ouvert les yeux et que j’ai réalisé que c’était fait, c’était comme quelque chose de tout à fait normal. Ce n’était pas comme tourner la page d’un livre. Personne ne naît femme, on le devient. Dans ma vie, tout mon parcours a été pour que ce jour-là arrive, de ma naissance à ce matin-là. Et si j’avais à renaître, je ne voudrais pas que ce soit autrement qu’en transsexuelle. »