Pénis et vagin ne font pas les identités de genres ni les lois de la nature

Par Julien Leroux-Richardson

Président d’Aide aux Trans du Québec.

Tel que le reflètent nos lois, ainsi que la recherche scientifique, le sexe physique interne et/ou externe de naissance d’une personne ne définit pas son genre.

Né.e. avec un vagin, avec un pénis ou avec les deux sexes externes et/ou internes ou une combinaison des deux, un être humain peut être cisgenre, transidentitaire ou intersexe.

De plus, le spectre du genre ne se résume pas à deux pôles fixes. Des variations sont observables chez tous les membres de la société. Personne n’est à 100% masculin, ou à 100% féminin. C’est pourquoi, peu importe le physique à la naissance, nous choisissons la manière avec laquelle nous exprimerons notre genre. Toutes les identités de genre sont valides, que nous choisissions de nous identifier en tant que binaire ou non binaire.

Ce n’est pas le sexe physique interne et/ou externe qui définit le genre, mais bien le ressenti.

Un individu ne devrait pas s’autoriser à définir qui est un homme ou qui est une femme avec toute la diversité qui règne en société et qui est reconnue par l’État et ses lois. C’est à chaque individu de s’auto définir. Comme l’expliquait madame Florence Ashley cette semaine dans son texte d’opinion «  La science et les hommes enceints », la génétique humaine offre un éventail de possibilités autres que les XX et XY et ce sont les chromosomes qui définissent le sexe d’une personne génétiquement.

Par contre, le fait de définir une personne en tant qu’homme ou que femme est un fait social et non biologique.

Cette semaine, dans sa chronique, Richard Martineau, stipule qu’un homme transgenre n’est pas vraiment un homme puisque s’il est tombé enceint, c’est qu’en réalité, il est une femme parce qu’il a un utérus et un vagin et que cette personne ne peut rien y faire parce que… ce sont les lois de la nature.

Le dictionnaire Larousse définit une loi comme suit : « Prescription établie par l’autorité souveraine de l’État, applicable à tous et définissant les droits et les devoirs de chacun. »

Si vous cherchez l’expression « les lois de la nature » dans Google, je peux vous assurer que vous ne trouverez aucune page officielle du gouvernement provincial ou fédéral avec un numéro de chapitre élaborant cette « loi de la nature ».

Est-ce donc seulement valide d’invoquer cette « loi de la nature » dans le contexte de l’expression de genre? Puisque l’expression de genre est un concept sociétaire, il faudrait donc prétendre que la volonté humaine puisse objectivement établir ce qui régit la nature.

Étant donné que la conception d’un être humain est un acte naturel, pouvons-nous moralement, dans la définition d’un être humain, nous éloigner de la description que Thomas Hobbes fait des lois de la nature en tant que précepte politique et sociétaire?

  1. S’efforcer à la recherche et la poursuite de la paix.
  2. Ne pas faire à autrui ce que l’on ne voudrait pas qu’on nous fasse.
  3. La justice.
  4. La gratitude.
  5. La complaisance.
  6. Le pardon.
  7. La vengeance.
  8. L’absence d’outrages.
  9. L’absence d’orgueil.
  10. L’équité.
  11. L’usage égal des biens communs.
  12. L’usage du tirage au sort.
  13. Le droit d’aînesse et d’ancienneté.
  14. La protection des médiateurs.
  15. La soumission des différends à l’arbitrage.
  16. L’impossibilité de juger pour nous-mêmes.

Ces préceptes sont censés être appliqués par l’humain afin de pourvoir à son existence et à sa survie.

La question que je me pose est la suivante : « mais où donc est-il mentionné qu’un homme n’est pas un homme s’il a un vagin à la naissance et qu’en est-il d’une femme qui ne serait pas une femme, si elle est née avec un pénis? »

Je poursuis en affirmant que lorsqu’une personne transidentitaire se fait reconnaître, en respectant les lois de l’État, dans l’identité de genre qui la définit, elle est donc reconnue par ses paires sociétaires et considérée légalement comme elle le désire, puisque c’est la loi prescrite par l’État, donc par la société dans laquelle elle vit.

Ça n’a absolument rien à voir avec la loi de la nature monsieur Martineau et même que vous devriez selon la loi de la nature et les lois de l’État, vous exprimer en termes d’équité, sans discrimination. Un homme transidentitaire devrait être respecté et considéré comme tel même s’il a la possibilité égale de donner naissance à un enfant au même titre que n’importe quelle femme cisgenre. Tout comme une femme transidentitaire devrait être respecté comme tel même si elle a la possibilité égale de mettre enceinte une autre femme, ou même un homme transidentitaire, au même titre que tout homme cisgenre.

Est-ce que cela fera moins d’elle une femme? Non.  Est-ce que l’homme qui est capable de donner naissance est moins un homme pour cela? Non.  Si dans l’avenir, la greffe d’utérus devient possible pour un homme cisgenre, sera-t-il moins homme pour autant? Devrions-nous dès lors lui manquer de respect et le définir comme une femme? Non.

C’est tout simplement une question de respect des règles qui régissent notre société.

Laisser un commentaire

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *